Le mot «yoga»

Ce mot sanskrit dérive de la racine yuj, qui signifie atteler, joindre, ajuster, attacher, unir – ainsi que le mot latin jungere, qui a donné le mot français joug. Il désigne aussi bien l'action de relier, la jonction, l'ajustement, que son résultat, l'assemblage, l'union.

Selon contexte, il signifie, en arithmétique, l'addition ; en astrologie, la conjonction ; en logique, le pouvoir des parties mises ensemble ; et selon les écoles philosophiques, l'abs­traction de l'esprit vis-à-vis de tout objet, l'état de méditation, l'union de l'âme individuelle au principe divin. C'est un mot polyvalent qui peut être associé à d'autres pour désigner alors une voie particulière ; ainsi il existe un «yoga» pour presque tous les champs de l'activité humaine, en particulier les pratiques énergétiques : yoga du son, des formules rituelles, du feu, de l'amour, du sommeil, du rêve… Il est courant aujourd'hui de l'accoler au nom d'un maître pour désigner sa méthode.

La diversité des exercices amène la conscience à traverser les différents plans de réalité, du plus grossier au plus subtil, pour s'immerger dans sa propre source. L'attention s'investit dans les techniques posturales et respiratoires avec une acuité soutenue et une extrême précision. C'est cette implication totale dans l'expérience du fini qui lui ouvre les passages vers l'infini.

Le yoga est l'intégration des différents plans de l'être et l'union à la source de toute vie. C'est une discipline qui contient en elle même sa propre fin : elle est à la fois le moyen et le but. La pratique abolit le temps. Dans la profondeur de l'intimité du corps, de l'esprit et du coeur, réside le secret de la plénitude.

Yoga-darshana

Le yoga est un des six darshana ou «points de vue» classiques de l'hindouisme suscep­tibles de mener l'être humain à sa pleine réalisation. C'est une voie essentiellement pratique qui ne se préoccupe pas de spéculer mais de ramener la conscience à l'intuition directe de la réalité par une stratégie particulière.

Le yoga-darshana présente l'enseignement codifié par Patañjali dans les Yoga-Sutra (Aphorismes du yoga), qui constituent le plus ancien traité consacré spécifiquement au yoga. Ce texte fait autorité dans toutes les écoles de yoga ; il a reçu tardivement le nom de «raja-yoga», ou yoga royal, par rapport au «hatha-yoga» qui constituerait une voie d'accès préléminaire – ainsi que le décrit Swatmarama, l'auteur du Hatha-yoga-pradipika. Le hatha-yoga serait donc l'ensemble des pratiques qui permettent d'atteindre le samadhi, l'état méditatif ultime, tandis que le raja-yoga traite de la discrimination métaphysique et des degrés profonds de la méditation qui s'ensuivent. Patañjali commence en effet son livre par le Samadhi-pada : le chapitre sur les sept étapes du samadhi. Le reste du livre comporte en effet peu d'indications sur la posture (seulement trois sutra) et la régulation du souffle (quatre sutra), tandis que Swatmarama y consacre trois chapitres. Pourtant, la puissance d'évocation concentrée dans ces 196 aphorismes fait l'objet de commentaires depuis plus de mille ans. Le sutra est un «fil» sur lequel est enfilé la «perle» d'un enseignement précieux sous une forme extrê­mement concentrée, initialement transmis oralement. C'est ainsi que, scandés et chantés, les Sutra sont parvenus jusqu'à nous.

 

«La syllabe-germe
est surmontée d'un point
et d'un croissant;
elle est sonore,
mais si on détruit la syllabe,
il ne reste que l'absolu
silencieux.

Le Son qui ne sonne pas
parce qu'il est au-delà du son,
l'adepte qui le trouve
est délivré du doute.»
Dhyanabindu Upanishad
Patañjali est le sage mythique au­quel la tradition attribue la rédac­tion des Yoga-Sutra. Elle lui attribue aussi celle de traités de grammaire et de médecine.

Le haut de son corps est humain, mais le bas est celui d'un serpent, un naga. Sa légende l'associe à Vish­nou, qui l'aurait choisi et créé pour que la science divine du yoga soit transmise aux hommes.


C'est ainsi qu'il est tombé (pat), dans les mains jointes (añjali) de l'ascète Gonika, sa future mère.